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À l'aise sur un smartphone, démuni devant un ordinateur : l'illectronisme en entreprise

Par Joël Arnal, fondateur de SkillMade · Mis à jour le 13 août 2026 · 5 min de lecture

On associe volontiers l'illectronisme aux seniors. Dans les entreprises, nous le voyons aussi ailleurs : des jeunes diplômés qui arrivent sans les bases de l'ordinateur, des salariés passés du terrain à un poste de bureau sans que personne ne leur ait jamais montré les gestes de base. Voici ce que recouvre le mot, ce que disent les chiffres de l'Insee et ce qu'une entreprise peut faire, sans mettre personne en difficulté.

Homme assis devant son ordinateur portable, les mains sur la tête

En bref

  • L'illectronisme désigne la difficulté à utiliser les outils numériques. Pour l'Insee, il concerne 7 % des 16-74 ans en 2025.
  • Une part plus large, 27 % des 16-74 ans, a des compétences numériques faibles.
  • Chez les 16-29 ans, l'illectronisme est rare (1 %), mais 19 % ont des compétences faibles, alors que presque tous communiquent facilement en ligne.
  • En entreprise, trois situations reviennent : les jeunes recrues, les changements de poste et les reprises d'emploi.
  • Le plus efficace : repérer sans stigmatiser, puis former sur les gestes de base, en petit groupe.
  1. Ce que recouvre le mot
  2. Ce que disent les chiffres
  3. Les jeunes aussi, mais pas comme on l'imagine
  4. Ce que cela change au travail
  5. Que peut faire une entreprise ?

Ce que recouvre le mot

L'illectronisme est à l'écran ce que l'illettrisme est à l'écrit : la difficulté, voire l'incapacité, à utiliser les appareils et les outils numériques. L'Insee y range deux situations : les personnes qui n'utilisent pas internet, et celles qui l'utilisent sans aucune compétence numérique (Insee Focus n° 376, février 2026).

À côté, l'Insee mesure une situation plus fréquente : les compétences numériques faibles. Ces personnes n'ont pas les notions de base dans un à trois des cinq domaines retenus au niveau européen, par exemple la communication, la recherche d'information ou l'usage de logiciels. Elles se débrouillent, mais s'arrêtent vite devant un obstacle.

§Insee, « Une personne sur trois manque de compétences numériques », Insee Focus n° 376, 19 février 2026

Ce que disent les chiffres

D'après l'Insee, 34 % des 16-74 ans manquent de compétences numériques en 2025, contre 38 % en 2021. Parmi eux, 7 % sont en situation d'illectronisme (5 % n'utilisent pas internet, 2 % l'utilisent sans aucune compétence) et 27 % ont des compétences faibles.

ÂgeIllectronismeCompétences faibles
16-29 ans1 %19 %
30-44 ans2 %22 %
45-59 ans4 %30 %
60-74 ans17 %38 %

Le diplôme joue aussi. Chez les 44 ans ou moins, 37 % de ceux qui ont au plus un CAP ou un BEP ont des compétences faibles, contre 8 % des titulaires d'un bac+3 ou plus (Insee Focus n° 376).

§Insee Focus n° 376, février 2026 (données 2025, personnes de 16 à 74 ans)

Les jeunes aussi, mais pas comme on l'imagine

À 16-29 ans, l'illectronisme est rare : 1 %. Ce serait pourtant une erreur d'en conclure que les jeunes arrivent tous prêts. Selon l'Insee, 19 % d'entre eux ont des compétences numériques faibles, et les plus jeunes maîtrisent très bien la communication en ligne : messageries, réseaux sociaux, applications.

Les deux ne se contredisent pas. Un smartphone cache l'essentiel : on installe une application en un geste, les fichiers se rangent tout seuls, rien ne ressemble à un dossier ni à une pièce jointe. Au bureau, on passe à un clavier, une souris, une arborescence de dossiers, un serveur partagé. Nous constatons de plus en plus de jeunes diplômés qui arrivent en entreprise sans ces repères.

Main posée sur un pavé tactile, à côté d'un clavier, sur un bureau

Ce que cela change au travail

Rien de spectaculaire, mais des gestes qui font gagner ou perdre beaucoup de temps : retrouver un fichier, envoyer le bon format, ouvrir une pièce jointe, utiliser Word ou Excel, taper correctement au clavier, installer un logiciel, faire une recherche précise sur internet. Quand ces bases manquent, l'intégration se complique, pour la personne qui arrive comme pour l'équipe qui l'accueille.

Trois situations reviennent le plus souvent :

  • La jeune recrue, alternant, stagiaire ou diplômé, à l'aise avec son téléphone mais jamais formé aux outils d'un poste de travail.
  • Le salarié qui change de poste, par exemple du terrain vers la conduite de travaux ou l'administratif. Il connaît son métier, mais découvre les devis à mettre en forme, les tableaux de suivi et les courriels à traiter toute la journée.
  • La personne qui reprend un emploi après une longue période sans ordinateur, dans un contexte où les outils ont changé.

Dans les trois cas, personne n'a jamais été formé aux usages de base. Le problème n'est pas la capacité de la personne, c'est que cet apprentissage n'a jamais eu lieu.

Que peut faire une entreprise ?

  1. Repérer sans stigmatiser. Peu de salariés avouent qu'ils ne savent pas ranger un fichier. Mieux vaut poser des questions concrètes, comme « où enregistrez-vous vos documents ? », que demander s'ils sont à l'aise avec l'informatique. Un outil public comme Pix permet aussi de faire un point de départ sur les compétences numériques (France Travail, page employeur sur la montée en compétences numériques).
  2. Ne pas tout confier au tuteur. Un collègue montre ce qu'il connaît, au moment où la question se pose, entre deux dossiers. Les bases arrivent par morceaux et certaines ne sont jamais abordées.
  3. Former sur le vrai poste de travail. Avec les dossiers partagés, la messagerie et les modèles de l'entreprise, plutôt que des exemples génériques.
  4. Prévoir un rythme adapté. En petit groupe, avec un formateur qui refait les gestes autant de fois que nécessaire et des séances espacées, pour laisser le temps de pratiquer.

SkillMade propose deux formations pour cela :

  • Informatique, initiation : pour les salariés qui découvrent l'ordinateur (souris, clavier, Windows, fichiers, internet, messagerie).
  • Réflexes numériques : pour ceux qui savent déjà s'en servir et découvrent les usages d'une entreprise (fichiers partagés, Teams, modèles, règles de l'équipe).

Elles peuvent être financées par l'OPCO de l'entreprise : notre article sur le financement de la formation explique comment faire la demande.

Pages de référence, vérifiées le 13 août 2026 :

  • Insee, « Une personne sur trois manque de compétences numériques », Insee Focus n° 376, 19 février 2026
  • France Travail, « Accompagnez la montée en compétence numérique de vos équipes »

Cet article donne une information générale.