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Mal de dos et tendinites au travail : les obligations de l'employeur
Par Joël Arnal, fondateur de SkillMade, 20 ans dans le BTP · Mis à jour le 21 mai 2026 · 6 min de lecture
Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, représentent près de 90 % des maladies professionnelles reconnues en France. Pour la manutention de charges, l'employeur doit d'abord chercher à éviter le port manuel et à réduire les efforts. La formation aux gestes et postures complète ces mesures : elle est obligatoire, mais ne suffit pas à elle seule.
En bref
- L'employeur doit d'abord éviter la manutention manuelle, notamment avec des moyens mécaniques. Si elle reste nécessaire, il évalue les risques et aménage les postes (articles R4541-3 à R4541-5).
- Les salariés concernés reçoivent une information sur les risques et une formation à la sécurité, essentiellement pratique, sur les gestes et postures (article R4541-8).
- Le port habituel de plus de 55 kg exige une aptitude reconnue par le médecin du travail, sans jamais dépasser 105 kg. Pour les femmes, la limite est de 25 kg (article R4541-9).
- Aucune durée ni périodicité n'est fixée pour la formation. L'Assurance Maladie propose des aides pour financer la prévention des TMS.
- Que sont les TMS ?
- Manutention manuelle : quelles mesures prendre en priorité ?
- Quel poids un salarié peut-il porter ?
- Formation à la manutention : salariés concernés, durée et renouvellement
- Gestes et postures ou PRAP : deux approches différentes
- Les aides de l'Assurance Maladie
Que sont les TMS ?
Les TMS affectent les muscles, les tendons et les nerfs. Certaines conditions de travail favorisent leur apparition. Ils touchent surtout le cou, les épaules, les coudes et les poignets : tendinite de l'épaule, épicondylite, syndrome du canal carpien. Le genou et le dos sont aussi concernés. Ils provoquent des douleurs, une raideur, une perte de force, et peuvent laisser des séquelles durables.
L'INRS distingue trois familles de causes, qui se combinent souvent : les efforts, les postures contraignantes et les gestes répétitifs ; l'organisation du travail, comme la cadence ou le manque d'autonomie ; l'environnement, avec les vibrations ou le froid.
En 2024, l'Assurance Maladie a reconnu 44 723 maladies professionnelles liées aux TMS, sur 50 598 maladies professionnelles au total. La plupart de ces maladies relèvent du tableau n° 57, qui concerne les affections provoquées par certains gestes et postures de travail. La manutention manuelle est aussi à l'origine de la moitié des accidents du travail dont la cause a été identifiée.
§INRS, dossier « Troubles musculosquelettiques », mis à jour en mars 2025 · Assurance Maladie, rapport annuel 2024 sur les risques professionnels (novembre 2025)
Manutention manuelle : quelles mesures prendre en priorité ?
Le Code du travail définit la manutention manuelle comme toute opération de transport ou de soutien d'une charge qui demande l'effort physique d'un ou plusieurs salariés : lever, poser, pousser, tirer, porter ou déplacer. La formation intervient après les mesures destinées à éviter la manutention manuelle ou à en réduire les risques. L'employeur doit agir dans cet ordre :
- éviter la manutention manuelle, par l'organisation du travail ou par des moyens mécaniques ;
- si elle ne peut pas être évitée, limiter l'effort et réduire le risque ;
- évaluer les risques, en tenant compte de la charge, de l'effort demandé, de l'environnement, de l'activité et de facteurs individuels ;
- aménager les postes, en priorité avec des aides mécaniques, ou à défaut avec des accessoires de préhension ;
- indiquer aux salariés le poids des charges et leur centre de gravité ;
- informer les salariés des risques et les former.
Cet ordre suit les principes généraux de prévention du Code du travail, qui demandent d'éviter les risques, de les combattre à la source et d'adapter le travail à l'homme. Les instructions données aux salariés viennent en dernier. Dans le BTP, cela peut se traduire par des livraisons au plus près du poste, des sacs moins lourds ou un monte-matériaux ; dans un entrepôt, par des tables élévatrices ou des transpalettes électriques.
Les postes sur écran relèvent d'autres articles du Code du travail. Les TMS y existent aussi, mais l'obligation de formation présentée ici concerne la manutention de charges.
§Code du travail, articles L4121-2, R4541-1 à R4541-8 et R4542-1 et suivants
Quel poids un salarié peut-il porter ?
Le Code du travail fixe des limites pour le cas où la manutention manuelle est inévitable et où aucune aide mécanique ne peut être utilisée :
| Situation | Limite |
|---|---|
| Port habituel, sans aptitude reconnue par le médecin du travail | 55 kg au plus |
| Port habituel avec aptitude reconnue par le médecin du travail | 105 kg au plus |
| Port par une femme | 25 kg |
| Transport à la brouette par une femme, brouette comprise | 40 kg |
| Jeune de moins de 18 ans, sans aptitude médicale constatée | 20 % de son poids |
Ces chiffres sont des plafonds : ils ne dispensent pas l'employeur d'évaluer les risques. Le poids n'est d'ailleurs qu'un des éléments de l'évaluation, qui tient aussi compte de l'effort demandé, de l'environnement et du rythme de l'activité.
§Code du travail, articles R4541-9 et R4153-52
Formation à la manutention : salariés concernés, durée et renouvellement
Tout salarié dont l'activité comporte des manutentions manuelles doit recevoir une information sur les risques qu'il encourt quand ces opérations sont mal exécutées, et une formation adéquate à la sécurité. Le texte précise que cette formation est essentiellement pratique et porte sur les gestes et postures à adopter.
L'employeur doit assurer cette formation à l'embauche, lors d'un changement de poste ou de technique, pour les intérimaires, et à la demande du médecin du travail quand un salarié reprend après un arrêt d'au moins 21 jours. Elle se déroule pendant le temps de travail.
Le Code du travail ne fixe ni durée minimale ni rythme de renouvellement pour cette formation, mais une convention collective peut en prévoir. Il n'existe pas non plus de certificat officiel : l'employeur garde une attestation de formation pour prouver qu'il a rempli son obligation.
§Code du travail, articles L4141-2, R4141-2, R4141-5, R4141-9 et R4541-8
Gestes et postures ou PRAP : deux approches différentes
La formation gestes et postures enseigne au salarié des techniques pour soulever et porter des charges en sollicitant moins le dos et les articulations. Elle dure en général de 4 à 7 heures. Dans une fiche publiée en 2021, l'Assurance Maladie en pointe les limites : centrée sur le salarié plutôt que sur sa situation de travail, elle ne remet pas en cause les conditions de travail, et les gestes appris se transposent mal aux situations réelles.
La PRAP (prévention des risques liés à l'activité physique) est un dispositif de l'INRS. Elle vise à transformer les situations de travail : le salarié formé apprend à analyser son poste et à proposer des améliorations. La formation dure 14 heures dans l'industrie, le BTP, le commerce et les bureaux, et 28 heures dans le secteur sanitaire et médico-social. Elle est dispensée par un organisme habilité et donne un certificat valable 24 mois. Selon le document de référence de l'INRS, cette formation s'inscrit dans un projet de prévention piloté par la direction.
Ces deux formations répondent à l'obligation de formation. Une formation gestes et postures sera d'autant plus utile qu'elle part des postes réels de l'entreprise et débouche sur des aménagements. La PRAP convient mieux à une entreprise prête à conduire une démarche de prévention sur plusieurs mois.
Chez SkillMade, la formation gestes et postures se déroule dans vos locaux, à partir des situations de travail de vos salariés, et comprend un temps consacré à l'amélioration des postes. Ce n'est pas une formation PRAP certifiante. L'activité de formation de SkillMade est portée par la coopérative Alteractifs, certifiée Qualiopi : l'OPCO de l'entreprise peut prendre en charge tout ou partie du coût, selon ses critères de financement.
§Assurance Maladie (Cramif), fiche « Formations PRAP et Gestes et postures : laquelle choisir pour vos salariés ? », décembre 2021 · INRS, document de référence du dispositif PRAP (version 9, janvier 2021)
Les aides de l'Assurance Maladie
Depuis mars 2024, le fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle (Fipu) finance des actions de sensibilisation et de prévention pour les salariés exposés à trois risques : la manutention manuelle de charges, les postures pénibles et les vibrations mécaniques. L'Assurance Maladie attribue aussi des subventions, dont l'une, « TMS Action », aide à financer des équipements qui réduisent les contraintes physiques.
Les conditions, les montants et les démarches varient selon l'aide. Elles sont détaillées sur le site de l'Assurance Maladie, et la caisse régionale (Carsat, Cramif ou CGSS) peut renseigner l'employeur.
§Assurance Maladie, rapport annuel 2024 sur les risques professionnels (Fipu, subventions prévention) · loi n° 2023-270 du 14 avril 2023, article 17
Textes de référence, vérifiés le 21 mai 2026 :
- Code du travail, articles L4121-2, L4141-2, R4141-2, R4141-5, R4141-9, R4153-52, R4541-1 à R4541-9 et R4542-1 et suivants
- Loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale, article 17 (Fipu)
- Assurance Maladie, rapport annuel 2024 sur les risques professionnels (novembre 2025) · Cramif, fiche « Formations PRAP et Gestes et postures » (décembre 2021)
- INRS, dossier « Troubles musculosquelettiques » (mars 2025) et document de référence du dispositif PRAP (version 9, janvier 2021)
Cet article donne une information générale. Il ne remplace pas la lecture des textes applicables à votre situation.